« Êtes-vous prêts pour l’Alaska, les enfants ? Pensez-y ! Nous allons visiter un des plus beaux endroits du monde ! Avec des glaciers et des montagnes aux sommets enneigés ! » lance le capitaine.

« Ah, oui ?! Ça veut dire qu’on pourra refaire du Jello, comme en Patagonie ? » s’interrogent les plus jeunes, toutes excités.

Nous gardons tous de très bons souvenirs de notre temps passé en Argentine et au Chili, avec les glaciers, les manchots, les lions de mer, les dauphins de Magellan, les baleines… et nos amis du voilier Mutine! J’ai tellement hâte de visiter l’Alaska, mais je me demande… Est-ce que ce sera vraiment comparable à la Patagonie ?

L’arrivée à Ketchikan
Tout a commencé le 20 juin 2022, une journée qui s’annonce très longue… Nous quittons Dundas Island au Canada à 5 h du matin pour entreprendre une courte navigation d’environ 50 mn vers Ketchican, Alaska. C’est un peu brumeux en avant-midi, mais le soleil finit par sortir et un bon vent portant souffle dans nos voiles montées en ciseaux. C’est notre plus belle expérience à la voile depuis notre traversée entre les îles Marshall et le Canada un an plus tôt. Toute la journée, nous contemplons les baleines et les dauphins, toute en discutant sur les divers pays que nous avons visités depuis 2016. Les formalités d’entrées diffèrent tellement d’un endroit à l’autre.

Je me souviens à quel point ç’a été compliqué lorsque nous sommes arrivés à Mar del Plata en Argentine. Les agents de la Prefectura Naval sont venus inspecter le bateau avec leurs fusils et leur uniforme. Ils ont posé un tas de questions et nous ont énuméré les équipements de sécurité obligatoires pour obtenir l’autorisation de poursuivre vers le sud. Je me sens souvent très stressée quand nous arrivons dans un nouveau pays, même si ce n’est pas toujours aussi intimidant. Le fait d’atteindre l’Alaska, un état américain, ne me rassure pas du tout. J’ai entendu tellement d’anecdotes de navigateur aux États-Unis, alors…

« Rangez votre chambre, les enfants, on va peut-être subir une inspection. On ne sait jamais ! »

En approchant de la ville, je reçois un appel VHF de nos amis du voilier Mandolyn. Ils ont téléphoné aux agents de frontière et on leur a dit de déclarer leur arrivée avec l’App en ligne. Heureusement, ils ont un forfait qui leur permet d’avoir accès à internet avec leur cellulaire même aux États-Unis. Ils furent en mesure de scanner leurs passeports, de remplir les formulaires d’entrée et d’obtenir le message confirmant l’approbation de leur demande. Ça, c’est une bonne nouvelle ! Seulement, je n’ai pas de forfait internet aux États-Unis, alors je n’ai pas ce luxe. Ainsi, je téléphone aux agents de frontière pour annoncer notre arrivée dans deux heures, comme l’impose l’exigence… Comme d’habitude, j’utilise notre téléphone satellite. Mis à part le fait que je perds le signal de temps en temps, ça fonctionne généralement assez bien, même au milieu de l’océan. En Alaska, toutefois, la connexion est tellement faible que la voix coupe constamment. Je commence à devenir nerveuse. Au bout d’un moment, l’agent me demande poliment de rappeler quand nous serons moins loin de la ville. D’accord… Mais honnêtement, je ne pense pas que ça changera grand-chose. Peut-être que ça irait mieux avec un cellulaire, mais pas avec un téléphone satellite. Une heure plus tard, je rappelle. L’agent me pose quelques questions, mais il n’entend pas mes réponses. Je deviens de plus en plus sur les nerfs. Finalement, il me dit gentiment de ne pas m’en faire avec ça et de le rappeler à partir du bureau de la marina dès notre arrivée. Décidément, c’est toujours plus compliqué pour nous que pour les autres…

Entre-temps, le moment est venu de contacter la marina pour demander une place. Cette fois, je peux utiliser le VHF. C’est plus simple ! Néanmoins, je déteste faire cela. C’est souvent ardu de comprendre exactement où se diriger et de quel côté mettre les défenses. Surtout quand les instructions sont en anglais et que l’accent est difficile à saisir. Heureusement, la dame m’explique gentiment comment trouver l’emplacement d’une voix rassurante. Bien ! Une bonne chose de réglée ! Là, il faut préparer le bateau !

C’est vraiment rare que nous allions dans les marinas. De même, le capitaine est stressé de devoir manœuvrer dans des espaces serrés, surtout quand il y a des yachts de luxe autour. 

Pinocchio arrive à la marina - Par Mandolyn

Tout le monde court pour sortir les défenses et les amarres puis les attacher sur bâbord. J’attrape la gaffe. Cela fait, nous sommes prêts à entrer dans le slip. Thomas est paré à sauter sur le quai dès que nous serons assez proches. Au début du voyage, c’était mon rôle, mais j’ai mis le pied à l’eau 2-3 fois, alors c’est devenu le rôle des gars ! Voilà ! Thomas est sur le quai. Il attrape l’amarre puis la coince dans un taquet pour aider à ralentir le bateau. Malgré tout, il ne réussit pas à freiner l’élan de Pinocchio. Le taquet qu’il a choisi est trop proche de la proue du bateau. Marcus fait vite marche arrière. Un nuage noir de diesel remplit le bateau de luxe voisin… Mais il est déjà trop tard… Pinocchio fonce dans le quai… Heureusement, cela n’engendre rien de grave. Seulement un peu de peinture d’écaillée sur l’étrave et une bosse sur le quai. Vive le bateau d’acier !

Après avoir bien amarré le bateau, Marcus et moi allons au bureau de la marina pour signer les papiers et téléphoner à l’agent des frontières. Nous sommes bien accueillis par une dame qui raconte que l’Alaska n’a pas eu beaucoup de visiteurs ces dernières années en raison de la COVID, alors les commerçants sont bien contents d’avoir à nouveau des clients ! Contre toute attente, l’agent de frontière demande à rencontrer toute la famille dans son bureau du centre-ville. Il faut faire vite pour arriver avant la fermeture ! Marcus retourne au bateau chercher les enfants, tandis que la secrétaire m’explique comment me rendre au centre-ville avec l’autobus gratuit.

Les enfants sont ravis de pouvoir si tôt débarquer du bateau ! Les seuls pays où nous avions dû nous présenter toute la famille aux bureaux de douanes et d’immigration sont Curaçao et Panama. Dans la plupart des pays, seulement le capitaine à l’autorisation de débarquer pour faire les formalités. Sinon, dans d’autres pays comme le Kiribati, il est interdit de débarquer. Les agents de douane, d’immigration et de santé viennent directement sur le bateau pour faire une inspection, tamponner les passeports et remplir les formulaires. Je m’attendais à cela ici en Alaska, à cause des restrictions liées à la COVID. Mais bon ! Allons-y !

J’ai bien aimé le trajet en autobus. Ça donne une vue d’ensemble des divers services disponibles dans les environs. C’est incroyable de rencontrer autant d’immenses bateaux de croisière et de touristes partout ! Une fois la paperasse terminée, nous prenons l’autobus de retour et nous arrêtons à l’épicerie pour nous procurer quelques fruits et légumes. Je n’en avais pas acheté à Prince Rupert, car c’est interdit d’entrer aux États-Unis avec des aliments frais. À notre retour sur Pinocchio, nous sommes affamés, épuisés et prêts pour une bonne nuit de repos. Nous constatons avec étonnement qu’il est déjà 21 h. Pourtant, il fait encore jour dehors ! « Bon, je pense qu’on va manger du gruau pour souper les enfants ! » Quand toute la famille se trouve enfin au lit, il est rendu 23 h, mais la lueur du crépuscule éclaire encore tout le bateau.

Le lendemain, un gros rayon de soleil traverse le hublot de ma chambre, et ne manque pas de m’éveiller. C’est le 21 juin et je sens que c’est l’été ! Je me lève et commence à préparer le déjeuner quand je réalise qu’il n’est que 4 heures du matin ! « Quoi ? La pointe de l’aube a dû avoir lieu vraiment tôt ! Incroyable ! Je vais devoir me fabriquer un rideau si je ne veux pas me réveiller aux petites heures tous les matins ! »

Le glacier Le Conte
Ce n’est pas une mauvaise chose que les jours soient si longs en Alaska l’été. Nous avons de grandes distances à franchir, alors ça nous permettra d’avancer plus chaque jour ! Après avoir dit au revoir à nos amis du Mandolyn qui retournent au Canada, nous quittons enfin Ketchikan. Nous naviguons pendant trois jours à la découverte des détroits, des canaux et des fjords de l’Alaska qui nous mènent au fabuleux glacier Le Conte.

En approchant de la baie, nous avons toute une surprise ! Un iceberg haut comme un immeuble est échoué dans l’entrée ! La marée est basse et un large récif bloque la moitié du passage étroit. Wow ! Comment allons-nous faire pour passer ? Nos cartes de navigation ne semblent pas à jour. D’ailleurs, nous savons que les bancs de sable peuvent bouger considérablement d’année en année. Vaut mieux rester prudent. De plus, le limon dans l’eau la rend opaque, alors impossible de voir si nous allons toucher le fond. Nous devons garder une distance entre le bateau et le large étendu de boue au sud de nous. Mais en même temps, nous devons rester assez loin de ces grosses roches sur la rive nord… Sans mentionner tous ces blocs de glace de la taille d’une maison qui dérivent ici et là !

Nous sommes bientôt hypnotisés par la beauté de toutes ces structures de glace et par le grondement créé par les morceaux qui se détachent, qui se retournent et qui se bercent sur l’eau… Près d’une heure s’écoule tandis que nous prenons des photos, complètement captivés par le blanc immaculé, le bleu transparent et le turquoise éclatant de ces icebergs aux formes artistiques. Il y a même des aigles qui s’en servent comme point d’observation.

Soudain, nous prenons conscience de l’amas de petites glaces poussé par le courant de marée montante derrière nous… « On ferait mieux d’y aller, là ! Oh mince ! Regardez ce monstre-là juste au milieu du passage étroit ! De quel côté allons-nous passer ? » Il était important de bien évaluer son parcours exact avant de se décider pour éviter que Pinocchio se retrouve coincé entre l’iceberg et les roches ou échoué dans le banc de sable. Heureusement que Marcus avait prévu le coup et choisis de venir durant la marée basse. De cette façon, si Pinocchio accroche quelque part, on pourra le libérer à marée haute !

Nous remontons ainsi le fjord petit à petit, ne croisant aucun bateau… Seulement des blocs de glace de toutes les formes et des centaines de phoques se laissant sécher au soleil sur les plaques de glaces plates.

Au bout de deux heures, nous arrivons enfin au glacier de batture le plus au sud de l’Amérique du Nord ! Quelle expédition ! Mais elle en vaut vraiment la peine ! La vue de ce gigantesque glacier est à couper le souffle ! Marcus éteint le moteur et je sers le dîner sur le pont tandis que toute la famille contemple sa magnificence. De hautes tours de glace se détachent régulièrement de la paroi, occasionnant une houle qui berce le bateau pendant un bon moment.


Tandis que nous avançons vers la sortie, les enfants se préparent pour faire du Jello. En se penchant dans l’échelle derrière le bateau, ils attrapent de petits morceaux de glace qui passent de chaque côté du bateau. Puis ils les cassent en plus petits glaçons avec un marteau. Thomas sculpte même un cœur pour sa blonde ! « Eille, avez-vous bientôt fini avec ce vacarme ? » dit Charlotte exaspérée ! Ils préparent ensuite le mélange à Jello et le versent dans un contenant étanche déposé dans un bain de glace pour la nuit. Le lendemain matin, le Jello est figé et prêt à déguster ! Comme nous n’avons pas de frigo, c’est l’unique façon de faire du jello sur Pinocchio!

Thomas Bay
Avant de poursuivre vers le nord, nous faisons une courte escale devant le joli petit village de Petersburg. Puis nous filons vers Thomas Bay, où nous relaxons quelques jours entourés de loutres de mer, de lions de mer et d’oiseau de mer ! Marcus remplit nos bidons d’eau douce à la rivière, puis nous effectuons une randonnée dans un beau sentier aménagé dans la forêt. Après quelques heures, Marcus et moi retournons au bateau avec Florence et Alice. Mais Thomas, Charlotte, Juliette et Félix décident de continuer avec Raphaël qui souhaite se rendre jusqu’au dernier lac en altitude. Leur randonnée a pris une tournure tout à fait inattendue. Ne manquez pas la prochaine chronique de Charlotte pour découvrir ce qui s’est passé !

Tracy Arm
Nous remontons ensuite le passage Stephens, puis le Tracy Arm jusqu’à un magnifique glacier facile d’accès. En approchant, nous sommes étonnés d’y retrouver autant de bateaux de croisière, de bateaux de touristes et d’hydravions… De toute évidence, l’Alaska est facilement accessible pour tout le monde.

Je dirais même que c’est ça le principal contraste avec la Patagonie. La Patagonie était tellement lointaine et isolée, qu’il nous fallait souvent naviguer plusieurs jours sans voir la moindre trace de vie humaine, mis à part quelques bouées laissées par des pêcheurs de crabe. En plus de devoir gérer la différence culturelle et langagière, se rendre en Terre de Feu demande un réel engagement. Il nous a fallu naviguer plusieurs semaines en haute mer, au-delà des quarantièmes rugissants, région caractérisée par de forts vents et du mauvais temps. Les conditions étaient extrêmes et cycliques. Les hautes pressions occasionnelles étaient accompagnées de 2-3 jours d’ensoleillement, mais les nuages revenaient vite assombrir le ciel alors que le baromètre partait en chute libre occasionnant des tempêtes et des averses. Je sais que l’Alaska est aussi connu pour son climat difficile en hiver, mais au cours de notre séjour estival, nous n’avons rien goûté de tel. Surtout dans l’Alaska sud-est où nous avons bénéficié de 10-12 jours d’affilée de soleil, et où nous avons toujours pu naviguer dans des cours d’eau protégés, sans jamais nous sentir bien loin de la civilisation.

Le Tracy Arm se divise en deux et nous permet de contempler deux magnifiques glaciers!

Le 4 juillet à Juneau
Cela dit, notre prochaine escale sera Douglas Island, juste en face de la ville de Juneau. Dès notre arrivée, nous jetons l’ancre devant une jolie longue plage bordée d’un beau totem coloré et d’un joli parc au grand plaisir des enfants ! 

Thomas a même pu pratiquer le kitesurf avec le nouvel équipement qu’il s’est procuré à Ucluelet, grâce à son salaire d’employé à la Coop. Ça fait longtemps qu’il rêvait à cela ! Alors qu’il apprenait à faire de la planche à voile avec son père à l’âge de 6 ans, il a vu des adeptes de kitesurf s’exercer et faire des sauts impressionnants ! Thomas a toujours aimé les sports acrobatiques. C’est sans doute lui le plus athlétique de la famille, et le plus social aussi. Il a eu beaucoup de facilité à se faire des amis partout dans le monde grâce à ces facettes de sa personnalité. Quand nous arrivons quelque part, il se dépêche à débarquer avec son ballon. Il part aussitôt à la recherche d’un terrain de soccer, de basketball ou de volleyball. Il joue même s’il n’y a personne. Ce n’est pas long que d’autres enfants locaux se joignent à lui. Aux îles Marshall, il se faisait inviter à y retourner chaque jour !

Pinocchio déploie son grand pavois en l'occasion!

Comme dans chaque ville de l’Alaska, Juneau est bien organisé pour les navigateurs. Le trajet d’autobus est facile d’accès et nous sommes en mesure de trouver tout le nécessaire à l’épicerie et à la quincaillerie marine. Chaque matin, des dizaines de navires de croisière bondés de touristes remplissent le port de la ville. Nous rencontrons même 4 Québécois au centre-ville ! On ne s’attendait pas à vivre cela en Alaska, mais l’air y est tellement pollué par tous ces hydravions, ces autobus et ces bateaux de touristes qu’on a constamment envie de tousser. En plus, c’est le long week-end du 4 juillet, le jour de l’Indépendance américaine. Il y a des célébrations partout, des parades, des spectacles et des feux d’artifice sur la plage presque toute la nuit. C’est là que nous réalisons qu’il ne fait jamais totalement noir en Alaska les nuits d’été.

Le golfe de l’Alaska
Durant notre trajet vers Glacier Bay, Marcus vérifie les prévisions météo avec notre Iridium Go. Il constate qu’il y aura une fenêtre météo parfaite pour naviguer dans le golfe de l’Alaska. Il décide ainsi de laisser tomber Glacier Bay et d’aller directement dans le Prince William Sound. Après quelques préparatifs, nous prenons donc la mer pour une navigation de cinq jours qui nous offre une vue splendide sur les hautes montagnes aux sommets enneigés et les glaciers en altitudes ! Nous croisons aussi des dauphins, des baleines et des orques.

Le Prince William Sound
Le Prince William Sound a surpassé nos attentes. Il y aurait tant de choses à dire… mais aucun mot ne peut parfaitement décrire notre expérience. Certains glaciers sont parfois difficiles à approcher en raison de la grande densité de glace à leur base. Le glacier Columbia entre autres a tellement de blocs de glace, qu’il faut user de stratégie pour se frayer un chemin. Thomas grimpe dans le mat pour avoir une meilleure visibilité et dirige le capitaine aux endroits où la glace est moins dense. Mais il y a de la glace partout. Heureusement, Pinocchio est en acier, alors il ne craint pas pour sa coque si on fonce dans les glaces (quoiqu’il a perdu quelques couches de peinture) !


Nous devons quand même avancer lentement pour donner aux plaques de glace le temps de s’éloigner de chaque côté. Il faut éviter qu’elles entrent sous Pinocchio et viennent heurter l’hélice ou le safran qui sont les parties les plus délicates de notre bateau. Hors de question de reculer aussi. Mieux vaut effectuer un long virage quand le temps vient de rebrousser chemin.

Les enfants profitent de toute cette glace pour refaire du Jello et s’amusent à imaginer plein d’objets ou de personnages dans les formes diverses des icebergs qui dérivent ou qui gisent sur le sol. Personnellement, je suis attristée par la fonte évidente de tous ces glaciers de batture. Nous le voyons clairement sur nos cartes nautiques et même sur Google Offline Maps où notre route se trace littéralement sur le glacier pendant 2-3 milles nautiques, voir 5 mn dans le cas de ce glacier Columbia.

Par contre, le Glacier Mearse était très facile d’approche, presque sans glace dérivante. C’est impressionnant de voir les traces sculptées par le puissant passage du glacier sur les parois rocheuses sur chaque côté du fjord. Notre chienne, Brume, était ravie de nous accompagner sur la terre ferme pour explorer la moraine latérale, une plage de roches déposée sur le côté du glacier lors de son retrait.

Nous avions toutefois l’impression que ce glacier venait d’avancer de quelques mètres, car le sol semblait avoir été poussé et les arbres renversés. Pendant que les enfants et moi explorions la rive, Marcus reste sur Pinocchio pour monter la garde. Quand nous sortons de la forêt, des vagues puissantes déferlent sur la rive où se trouve le zodiac que nous avons beaucoup de mal à remettre à l’eau. Impossible d’embarquer sans se retrouver détrempés par cette eau glaciale ! Pendant notre absence, d’énormes segments de glace s’étaient détachés de la paroi du glacier, occasionnant une houle puissante. C’était juste un mauvais « timing » !

Cette saucette à la base d’un glacier ne fait qu’aviver mon envie d’une baignade en eau chaude des tropiques ! Je suis fatiguée de ce froid et mes doigts souffrent de rhumatisme à force de faire la vaisselle dans l’eau glacée. Aussi, j’en ai assez de toute cette condensation dans le bateau qui abîme tout ce qui est en contact avec le mur. De plus, nous naviguons au moteur presque tous les jours, car il ne vente pas assez dans les fjords pour lever les voiles et je suis tanné d’entendre le bruit constant de ce gros Perkins.

Les jours qui suivront s’annoncent très brumeux, ce qui rendra la navigation difficile dans le long fjord du glacier Serpentine. Comme dans chaque fjord qui mène à un glacier, nous devons faire attention à la moraine de fond entraînée par le glacier au cours de son avancé. Cela a formé une sorte de barrière sous l’eau dotée d’une étroite ouverture qui nous permet de passer en bateau. À notre arrivée, la brume s’est un peu dissipée et nous voyons le glacier, mais pas la montagne, ni le ciel. L’aspect des lieux est lugubre avec toutes ces nappes de brouillard. Nous tentons d’aller visiter les glaciers voisins, mais rencontrons un épais bouchon de purée de pois.

Nous laissons donc tomber et nous dirigeons vers la Bay Deckinson où nous explorons une grande moraine laissée par le glacier Nellie Juan. Notre chienne, Brume, a beaucoup d’espace pour courir et les enfants s’amusent à jouer sur les multiples blocs de glace échoués sur cette plage de débris rocheux déposés par le glacier avant son retrait. Ce glacier est maintenant beaucoup trop reculé et n’est pas atteignable en bateau. Raphaël tente tout de même de s’approcher le plus possible en longeant la rivière et en prenant des photos des fleurs, des plantes et des insectes du milieu. Soudain, il fait une rencontre inattendue qui le fige sur place ! Une ourse noire marche en parallèle à lui dans les hautes herbes à environ 30 mètres ! Heureusement, elle ne semble pas l’avoir vu. Il attend sans bouger pour lui laisser le temps de s’éloigner. Lorsqu’elle est hors de vue, Raphaël continue sa promenade le long de la rivière qui serpente la vallée. Tout à coup, il arrive à une courbe et revoit l’ourse venue se nourrir sur le bord de la rivière ! Il se dit qu’il vaut mieux rebrousser chemin !

C’est avec un sentiment partagé que nous quittons le Prince William Sound pour nous diriger vers la ville de Seward dans Resurrection Bay. Qui dit, nous sommes peut-être parmi les derniers à avoir pu contempler ces beaux glaciers de batture en voilier. À la vitesse qu’ils reculent, qu’en restera-t-il dans une dizaine d’années ?

Seward
En passant devant le Cape Resurrection, nous sommes accueillis par une belle envolée de macareux. Leurs nids semblent se trouver dans les hautes falaises ainsi que ceux d’autres oiseaux de mer tels que les aigles, les guillemots et les goélands à ailes grises. Rendue à Seward, toute la famille s’accorde pour dire qu’il est temps de retrouver un climat plus chaud ! 

Je passe plusieurs heures à la bibliothèque publique pour faire de la recherche sur Noonsite afin de connaître l’information exacte nécessaire pour que nous soyons bien préparés pour l’entrée au Mexique. Je dois imprimer 6 copies de nos passeports, de la liste des membres d’équipage, des papiers d’immatriculation et de notre police d’assurance… J’ai aussi lu qu’il est préférable d’arriver avec un Zarpe du dernier pays visité. Nous décidons donc de ne pas annuler notre escale à Kodiac, pensant qu’il serait possible d’y obtenir un Zarpe, ce qui ne sera cependant pas le cas.

Geographic Harbour
Mais d’abord, nous effectuons une courte escale à Geographic Harbour où nous rencontrons une douzaine d’ours grizzlis venus manger de l’herbe et des crabes sur la plage. Il y a même une mère avec ses trois petits ! Soyez sans crainte, personne ne va sur terre ! Nous nous approchons simplement de rive en zodiac pour prendre de meilleures photos, mais gardons une distance suffisante pour ne pas déranger ces créatures féroces. Au moment où nous nous préparons pour retourner au bateau, nous avons droit à un vrai spectacle ! Une maman ourse se met à jouer à la bataille avec son petit sur la plage ! Aïe, ça joue dur !

Île de Kodiak
Pendant notre arrêt à Kitoi Bay, nous sommes étonnés de voir des pêcheurs sortir des milliers de saumons d’un seul coup avec leur immense filet de pêche ! Le port de Kodiak est très actif à cause des nombreux bateaux de pêche qui entrent et sortent matin et soir ! Notre passage à Kodiak est aussi très occupé. Nous devons monter une côte de 4 km en vélo pour accéder à l’épicerie et redescendre vers la marina avec nos sacs à dos bien chargés de nourriture. Nous réapprovisionnons le bateau avant notre navigation de 2200 milles nautiques jusqu’au Mexique. J’y achète aussi un nouvel ordinateur, puisque notre ancien a rendu l’âme il y a quelques mois. Marcus fait le plein de diesel et trouve de l’additif, de nouvelles anodes, de la peinture et des écoutes. Notre année au Canada et en Alaska nous aura coûté beaucoup plus cher que prévu. Je me demande comment nous allons faire pour continuer… Il faudra revoir notre budget…

Finalement, nous avons beaucoup aimé l’Alaska et ses nombreux glaciers. La beauté de ces paysages est comparable à la Patagonie, mais sa végétation et sa faune terrestre sont plus riches. Toutefois, sa faune marine nous a semblé moins abondante, probablement en raison de la forte présence de bateaux…

Après une inspection complète de l’accastillage et une révision des étapes à suivre en cas de naufrage, Marcus charge les piles de la VHF de survie et nous sommes enfin prêts pour notre navigation d’un mois vers le Mexique !

(Nous pensions y arriver fin septembre. Mais un imprévu nous forcera à changer nos plans. À suivre…)

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  • Merci Johanne pour cette visite virtuelle de l’Alaska. J’aime beaucoup vous lire et je vous trouve tellement bon, car je sais que ce n’est pas la vie facile sur la mer comparé à sur la terre. Quelle expérience !!!
    Hâte de lire la suite xx

    • Merci beaucoup Maryse d’avoir visité l’Alaska avec nous!
      Oui, c’est vrai que ce n’est pas toujours une vie facile!
      Mais nous en gardons de très bon souvenirs quand même, n’est-ce pas?!
      Au plaisir! x0x

  • J’adore toujours vous lire. Vous avez tous une belle plume et de belles photos! Il faut vous avouer que je ne pourrais pas etre sur un voilier avec 8 autre personnes, la chienne OUI par contre! hahaha! Mon max fut que nous etions 5 sur un 45′ pour traverser le Pacifique sud et deja la c’etait bien mais coince :D. Vous ne devenez pas claustrophobe parfois? J’imagine que c’est different quand c’est sa famille mais l’espace doit vous manquer parfois non? Et vos ados? Ils ne commencent pas a vouloir rester avec le “peer group”. Souvent, j’entend ce dilemme avec les familles…les ados en on marre d’etre a bord

    • Bonjour Carole! Merci pour votre message. C’est vrai que ça peut paraître coincé à 9, plus une chienne, sur un 43 pieds. Mais c’est cela notre quotidien. D’ailleurs, les enfants et moi étions déjà habitués à cette proximité avant le départ. Nous avons traversé une période d’adaptation et de mises au point, surtout pour le capitaine au début, et il y a régulièrement des ajustements à faire! Cependant, les liens que cela tisse entre nous sont forts et hors du commun! En ce qui concerne nos ados, ils vivent des hauts et des bas, comme n’importe qui. Bien sûr, ils sont toujours contents de débarquer du bateau pour rencontrer d’autres jeunes de leur âge, mais ils sont tous bien ravis de vivre ces aventures en famille! Après tout, leur “peer group” #1, c’est l’équipage du Pinocchio! N’hésitez pas à leur demander leur avis lors de leurs prochains articles de blogue!

  • Félicitation Johanne, un autre très beau récit, tellement intéressant et à Raphaël pour ses merveilleuses photos!

  • Merci pour votre texte. Vous apportez un point de vue tellement différent sur les endroits que vous visitez et qui nous sont habituellement commentés par des gens qui empruntent des moyens de locomotion et des circuits touristiques classiques. C’est vraiment génial de pouvoir vous lire!

    • Bonjour Sylvie! Merci beaucoup pour votre beau message. En effet, quel privilège nous avons de pouvoir explorer ces endroits de plus près avec notre voilier, d’y dormir, d’y toucher, d’y passer des semaines et des mois! J’aurais pu en dire tellement plus! Heureuse que mon partage vous ait plu!

  • Merci pour ce beau texte. C’est intéressant de suivre votre quotidien, on imagine les défis que vous devez surmonter. Jean

    • Bonjour Jean! Vous avez bien raison, nous avons beaucoup de défis à surmonter. C’est tellement différent d’un pays à l’autre. Il faut apprendre à s’adapter! Merci de nous suivre!

  • Bonjour Johanne , quelle plaisir de vous lire , c’est incroyable la qualité de ton écriture et celles de tes enfants, félicitations pour vos beaux récits et belles photos! Bonne continuation, j’adore avoir de vos nouvelles!

    • Bonjour Nicole, Merci de nous suivre et de prendre le temps de nous lire. J’apprécie beaucoup votre commentaire. Nous sommes très occupés avec le carénage actuellement, mais un autre article sera publié très bientôt. Il a été écrit par Marcus cette fois! J’espère que vous aimerez! Bonne fin de semaine! Salutations de tout l’équipage!

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    About the Author

    Je suis traductrice et je navigue autour du monde avec mon mari Marcus, nos 7 enfants et notre chienne Brume sur notre voilier Pinocchio à la découverte des océans, des îles, des gens, de la flore, de la faune, des insectes, des poissons, de la culture, de la musique, des arts, de l’histoire et des saveurs d'ailleurs...
    I am a translator and I travel around the world with my husband Marcus, our 7 children and dog Brume on our sailboat Pinocchio to discover the oceans, islands, people, flora, fauna, insects, fish, culture, music, art, history and flavors of faraway...

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