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J’enfile mon maillot!
Un des côtés pratiques de la vie en bateau est de pouvoir plonger à l’eau, « rapido presto », dès que le cœur m’en dit ! Pas besoin de regarder l’horaire du bain-longueur, du transport en commun et de la gardienne d’enfants ! Avant de partir en voilier, j’avais surtout nagé dans des piscines ou dans l’eau froide et brune du lac Opasatica en Abitibi. Depuis notre départ en voilier, j’ai nagé dans bien d’autres milieux naturels de l’Atlantique, des Antilles et du Pacifique, mais rien n’a surpassé le bonheur de nager dans les lagons des Îles Marshall ! Ah ! Quoi de plus invitant que ces eaux turquoise et limpides à 28oC pour une petite séance de natation ? C’est un peu comme explorer un aquarium géant sous le soleil !

Chromis viridis, atoll d’Ailuk, îles Marshall (Par Raphaël Forns)
Bienfaits de la natation
Mon sport préféré a toujours été la natation ! C’est énergisant, inspirant, tonifiant et bon pour le moral, sans la sueur qui vient avec les autres sports ! L’exercice dans l’eau et la pression de l’eau sur mon corps améliore ma circulation sanguine, ma capacité cardiovasculaire et respiratoire et ma souplesse tout en diminuant l’inflammation de mes articulations et mes douleurs dorsales. Nager me permet aussi de réfléchir, de faire le point et de passer un peu de temps dans ma bulle. C’est aussi un moment d’évasion quand je sens que ma soupape veut exploser ! Si la tension monte dans le bateau, j’enfile mon maillot !
Les inconvénients de la natation dans les atolls
Cependant, comme dans tous milieux naturels, nager dans un lagon comporte certains risques. D’abord, c’est plus difficile de s’orienter. Ensuite, il peut y avoir du courant, de la vague et des obstacles sous-marins comme du corail. Finalement, il faut se méfier des embarcations, des objets qui flottent à la dérive ou de certains animaux marins comme les anémones, les poissons-scorpions, les poissons-roches, les méduses, les requins, le plancton qui picote la peau et même les petits poissons qui mordillent…

Requin à pointe noir (Par Raphaël Forns)

Anémone à collier de perle

Méduse miniature qui picote la peau

Poisson-scorpion

Poisson-roche

Poisson nettoyeur (Ça chatouille!)

Poisson qui mordille la peau (Aille!)
Nager vers le soleil levant
En effet, dans une piscine, c’est relativement facile de nager en ligne droite. Il s’agit de suivre la ligne noire au fond du bassin ou les barres de soutien au plafond et de rester entre les deux câbles qui séparent les couloirs. Mais en milieu naturel, c’est plus difficile ! Je dois me trouver des repères sur terre (bâtiment, arbre, pointe de terre), sur l’eau (bouée, bateau), au fond de l’eau (coraux, mollusques géants, dénivelés) ou dans le ciel (mouvement des nuages ou du soleil).

Mollusque géant – Atoll de Rongerik (Par Raphaël Forns)
Presque tous les matins, Marcus et moi allions nager et marcher un peu sur la plage pendant que les enfants déjeunaient et se préparaient pour l’école à bord. Lors de notre dernière escale à Rongerik, un atoll inhabité au nord des îles Marshall, nous avions du mal à atteindre la plage sans égratignures à cause d’un large récif à fleur d’eau qui nous bloquait le passage, surtout à marée basse. Nous avons fini par trouver une ouverture, une zone sans récifs d’environ deux mètres de large. Pour l’atteindre facilement en quittant le bateau, nous devions nager directement vers le soleil levant ! En effet, comme les vents dominants sont du secteur est aux Îles Marshall, nous ancrons presque toujours le voilier du côté « est » dans les atolls. Ainsi, tous les matins, nous nagions vers le lever du soleil pour atteindre la belle plage de sable blanc quelque 200 mètres devant Pinocchio !
C’était formidable d’y trouver des pistes fraîches de tortues plusieurs fois par semaine ! Un matin de pleine lune, nous avons même eu la surprise d’y découvrir une tortue qui enterrait ses œufs de l’autre côté de l’île ! Splendide ! J’ai donc couru sur la plage et dans l’eau avant de nager jusqu’au bateau pour inviter les enfants à venir voir ça. C’est là que j’ai mis le pied sur une roche ou un coquillage pointu. Cette blessure a pris deux longues semaines à guérir. Prudence !

Piste de tortue verte – atoll de Rongerik, îles Marshall



Nager avec des méduses !
Vous souvenez-vous, lors de notre escale à Maloelap, j’avais décidé de rentrer au bateau à la nage après notre balade d’après-midi sur l’île Makar (1 km au sud du voilier qui lui était ancré devant l’île Airik).

Tout s’était relativement bien passé pour le premier 700 mètres. Je dus d’abord combattre un léger courant devant le petit hoa, le chenal qui permet à l’eau de mer d’entrer et de sortir du lagon entre les motus à marée haute. L’eau était claire et les fonds coralliens resplendissaient de beauté. Je croisai un gros banc de poissons-chirurgiens, qui tourna autour de moi quelques fois avant de repartir.

Poissons-chirurgiens – Îles Marshall (Par Raphaël Forns)
Toutefois, plus je m’éloignai du hoa, plus l’eau devint trouble et profonde. Bientôt, je ne vis plus le fond tellement il y avait du plancton de toutes sortes dans l’eau. Je fis de mon mieux pour penser à autre chose qu’à ce que je risquais de croiser dans ces eaux subitement peu limpides, mais mes yeux ne pouvaient s’empêcher de scruter attentivement les alentours.
Soudain, je vis des méduses à quelques mètres de profondeur ! Ces dernières ont l’habitude de remonter à la surface en fin d’après-midi dans ce secteur de l’atoll. Je n’avais aucune idée de l’heure exacte. Cependant, je sentais déjà la fumée des feux de cuisson des habitants de l’île Airik. L’heure du souper approchait et il me restait encore près de la moitié de la distance à franchir ! Je devais me dépêcher d’entrer au bateau avant que les méduses ne m’atteignent. Je poussai à fond, m’efforçant de garder le rythme, mais la fumée me chauffait la gorge à chaque respiration. C’était peine perdue. Les méduses n’étaient plus très loin.

Méduse / Crambione mastigophora – îles Marshall (Par Raphaël Forns)
Je me concentrai à faire une traction des bras très près du corps pour éviter de toucher ces boules roses qui se trouvaient désormais à moins d’un mètre de moi.
« Misère ! Je n’arriverai jamais à me rendre à temps ! » m’inquiétai-je.
Je levai donc la tête pour évaluer la distance qu’il me restait à franchir, ce qui fit caler un peu mes jambes. Je sentis alors mes orteils rebondir sur une forme gluante ! Par réflexe, j’accélérai la cadence. Cette fois, ma main arriva à plat sur un être gélatineux. Je fis un de ces sauts ! La méduse tournoya sous l’impact et me frôla l’arrière de la cuisse avec ses tentacules.
« Aïe ! Ça brûle ! » criai-je. « Au secours ».
Mais personne ne m’entendait. Pourtant, habituellement il y a toujours quelqu’un qui me surveille quand je nage, par mesure de sécurité.
Je finis par me ressaisir.
« Détends-toi et ouvre grand les yeux », me dis-je.
L’eau était trouble en surface, alors j’avais du mal à voir venir les méduses. Mais il y en avait partout désormais. Je n’arrivais plus à les éviter. Comme ces cloches de la grosseur d’un pamplemousse avançaient lentement, je parvins à les esquiver en nageant calmement. Au pire, j’appuyais légèrement ma main sur leur tête et les repoussais doucement loin de moi de chaque côté, évitant ainsi de les faire tournoyer et d’être touché par leurs tentacules.
Quel ne fut pas mon soulagement d’arriver enfin à l’échelle du Pinocchio ! En voyant les petits canots des enfants du village attachés derrière le voilier, j’ai compris pourquoi toute la famille avait « oublié » de me surveiller !
Deux fidèles compagnons de nage !
Un autre jour, aussi à Maloelap, j’ai eu l’audace d’entreprendre les 4 milles nautiques entre les motus Kaven et Yarabaru à la nage. C’est 7,4 km.
« Généralement, lors des longues distances en piscine, j’arrive à nager 1 km en 20 minutes. Donc, ça devrait me prendre 2 heures et demie… » ai-je pensé avant de partir. Erreur !!!
À 9 h 40, j’ai plongé à l’eau. La température de l’eau était parfaite et le plan d’eau super calme. Pas de vague, pas de courant ressenti. J’ai vite pogné mon deuxième souffle. Je me sentais légère, bien oxygénée. Je glissais dans l’eau. Ça allait super bien. Tellement bien, qu’après peu de temps, j’avais l’impression d’avoir déjà parcouru la moitié du trajet… Mon imagination battait son plein ! Je me voyais faire l’épreuve physique de sauveteur-national lors de notre retour à la maison, enseigner la natation et le sauvetage dans les piscines de la ville de Québec, donner des cours d’aquaforme avec une forme physique du tonnerre et même faire la traversée du lac Saint-Jean de 30 km ! Pourquoi pas ?
Pendant ce temps, les autres me tenaient à l’œil en finissant de manger les brioches aux noix, aux raisins et à la cannelle que Juliette et moi avions préparées pour la fête à Raphaël. Ils ont pris un peu leur temps pour me laisser prendre de l’avance. Puis, ne voulant pas que « j’arrive avant eux », ils ont levé l’ancre et se sont dirigés vers Yarabaru en gardant les yeux bien ouverts sur l’horizon. Ils m’ont rejointe pour m’annoncer que j’avais 1,3 mille nautique de parcouru. Ce n’était que le tiers de la distance. J’étais un peu déçue, bien sûr, croyant avoir franchi la mi-distance. Mais j’ai continué de nager.
Les rayons du soleil transperçaient l’eau cristalline. Je voyais des raies-léopards, des poissons-coffres et des colonies de corail ici et là dans le fond de sable blanc. Puis l’eau est devenue un peu plus profonde. Je gardais les yeux grands ouverts, craignant de voir surgir un requin. Je n’ai pas vraiment peur des requins et je sais que ceux qu’on retrouve ici ne sont pas dangereux. Mais quand même ! À un moment donné, j’ai senti quelque chose frôler ma main !

J’ai sursauté et me suis arrêtée pour découvrir qu’un tout petit poisson de trois pouces me suivait. Il s’est approché de mon visage pour me regarder puis s’est mis à nager autour de mes bras et mes jambes. Je suis restée immobile, pensant d’abord que c’était un poisson-nettoyeur qui voulait faire ma toilette. Mais non. Alors j’ai recommencé à nager. Il m’a suivi pendant un long moment, puis s’est éloigné quelques instants pour revenir avec son ami ! Ces deux petits poissons m’ont donc tenu compagnie durant tout le reste du trajet. J’imagine qu’ils se sentaient plus en sécurité des prédateurs en nageant près de moi !

Petit à petit, j’ai senti mon énergie me quitter. J’essayais de garder une bonne cadence, mais je tombais dans la lune et mon rythme s’est mis à ralentir. J’ai donc fermé les yeux pour mieux me concentrer sur mes mouvements et ma respiration. Je me sentais comme une baleine à moitié endormie qui avance lentement et laisse sortir son souffle de temps en temps… J’ouvrais les yeux de temps en temps pour constater que je ne nageais plus dans la bonne direction ! Le courant me faisait dériver petit à petit, contribuant ainsi à accroître ma distance à franchir. Je serais curieuse de voir quel zigzag j’ai bien pu tracer !
Soudain, j’ai été « réveillée » par un sifflement dans l’eau, le son d’un moteur qui s’approchait de moi. Hourra ! C’était Marcus et les enfants ! Ils avaient jeté l’ancre et étaient venus à ma rencontre en annexe.
« Je vais pouvoir embarquer dans le zodiac ! » me dis-je en moi-même.
« Tu es presque rendue ! » m’annoncent-ils pour m’encourager en me tendant une bouteille d’eau.
Remplie d’espoir, j’ai pris quelques gorgées puis j’ai recommencé à tourner les bras et à battre des jambes en y mettant toutes mes forces.
Enfin, j’ai atteint l’échelle de Pinocchio après avoir nagé pendant près de 4 heures. J’ai grimpé sur le pont pour me savonner et me suis sentie étrangement lourde ! Quand j’ai replongé à l’eau pour me rincer, mes deux petits amis sont revenus me voir ! À mon grand étonnement, ils sont restés cachés sous la coque de Pinocchio plusieurs semaines et nous ont même suivis jusqu’à Majuro !
Consignes de sécurité pour la natation en milieu naturel
Comme vous voyez, nager en milieu naturel comporte certains risques. Voici quelques conseils pour rester en sécurité :
- Nager toujours avec quelqu’un ou sous la supervision de quelqu’un.
- Connaître les courants et leur force selon le cycle de la lune, l’heure des marées, les risques spécifiques à l’endroit.
- Savoir où sont les obstacles sous l’eau : bancs de sable, coraux à fleur d’eau, jardin d’anémone, grande dénivellation. Porter des chaussures d’eau s’il y risque de marcher sur un poisson-roche, des coquillages coupants ou des anémones de sable. Les blessures dans l’eau salée prennent du temps à guérir.
- Traîner une bouée torpille, ou tout autre objet flottant de couleur visible, pour être plus facilement repéré par les gens en embarcation. Éviter de nager dans les zones souvent fréquentées par les embarcations.
- Prévoir une distance qui correspond à vos habilités et compter plus de temps en eaux libres qu’en piscine.
- Rester toujours alerte, surtout après 18 h. Selon l’endroit, évitez même de nager après 18 h ! Par exemple, dans les San Blas, il y a plus de risque de rencontrer un crocodile quand le soleil est couché. Aussi, les requins sont plus actifs la nuit que le jour…
- Attention au coup de soleil.
- Éviter de nager dans les eaux extérieures pendant les orages.
Je ne peux pas m’imaginer ne plus jamais nager dans un lagon. Une fois de retour au Québec, je vais avoir besoin de beaucoup d’imagination pour apprécier mes séances de natation à la piscine. Suivre la ligne noire, au lieu de contempler les colonies de coraux, les poissons coralliens et les tortues de mer ! En tout cas, au moins il n’y aura pas de méduses, de vagues et de courant de marée…
Et vous ! Quel est votre sport préféré ? Où et quand aimez-vous le pratiquer ?


WOW beau texte! Et les photos, IMPRESSIONANT!!
Félicitation Johanne , un récit tellement vivant , et des conseils pertinents ! Le Lac St Jean ! Pourquoi pas ? Merci , toujours très intéressant de lire tes articles !
Ah j’imagine la nostalgie du retour après autant d’expériences aussi magnifiques, magique et haute en émotions par moment !